Jeudi, 02 Février 2012 17:59

Daro : Guéguerre mercantile entre exciseuses traditionnelles et agents de santé

Écrit par  Daniel Galada Béavogui
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Les communautés de Daro persistent dans la pratique de l’excision. Selon le témoignage d’un fils du terroir, rencontré par le correspondant de GUINEEPLUS, des dizaines de jeunes filles sont amenées chaque semaine chez les exciseuses traditionnelles ou chez des agents de santé pour être excisées. Tout cela se passe alors même que l’état guinéen a annoncé des mesures répressives contre la pratique de toutes les formes de mutilations génitales féminines.


Daro est l’une des quatorze (14) Communes Rurales de Développement (CRD) de Macenta. Elle est située à une vingtaine de Km du chef lieu. Daro est aussi l’une des sous préfectures frontalières avec la république-sœur du Liberia.

Cette localité persiste encore dans la pratique de l’excision. C’est du moins ce qu’a entendre un fils du terroir qui a préféré garder l’anonymat. Il explique son cela par le fait qu’il ne veut pas s’exposer aux malédictions que profèrent les vieilles exciseuses qui sont pour la plupart du temps en charge de la pratique.

Selon M. notre source, M. Siba (comme l’appellerons ici), que nous avons visité dans sa concession à Daro-Centre, la pratique de l’excision est une vieille pratique traditionnelle qui persiste malgré d’énormes conséquences néfastes. De nombreuses localités continuent de la pratiquer encore de nos jours. Il explique que c’est en raison même de ces conséquences qu’il a personnellement décidé de s’en soustraire.

Selon M. Siba, chaque fois qu’il est organisé des rituelles d’excision, la communauté souffre durant deux a trois ans de "famines". C'est-à-dire qu’on « engage les récoltes de l’année en cours, mais au-delà, on fait des engagements financiers contres les récoltes des années qui suivent. Aussi longtemps qu’on n’a pas fini de rembourser les dettes contractées on est l’objet de poursuites parfois jusqu'en la justice. Si les récoltes ne vous permettent pas de rembourser parce que les récoltes n’ont pas été bonnes on ne sait où prendre de l’argent. La communauté vit essentiellement de l’agriculture un tout petit peu d’élevage et de commerce ».

Au delà des conséquences financières soulignées il a fait mention des conséquences sociales et sanitaires. Socialement, si par manque de moyen une famille s’abstient de procéder à l’excision de ses filles, elle se voit complètement isolée du reste de la communauté. « Il est déjà arrivé un cas où un monsieur a perdu sa femme simplement parce que ces moyens ne lui permettaient pas d’envoyer la sœur de cette dernière en excision. La belle mère avait alors obligé sa fille à quitter cet homme pour s’en trouver un autre qui était en mesure de satisfaire les besoins de la famille dans cette affaire. C’est un réel fardeau socialement pour les hommes ».

Il y a aussi que toute femme non excisée n’a pas de considération parmi ses congénères quelles que soient ses compétences dans tel ou tel domaine. Elle n’a par exemple pas accès à une salle où se trouve une femme en travail (accouchement). Ses enfants non plus n’ont droit à certains aliments rituels.
Chez les filles qui subissent cette pratique, on note également des complications d’ordre gynécologiques et obstétricales, parfois longtemps après. Au cours de l’année écoulée, onze (11) filles sont décédées des suites de complication immédiates ou tardives de l’excision.

Une fois excisées, les filles qui sont scolarisées doivent souvent attendre trois à quatre semaines pour être véritablement en mesure de reprendre les classes. Tout ce temps les autres continuent de suivre les cours.

Malgré et contre toutes ces conséquences socio-économiques, les communautés de Daro persistent dans la pratique de l’excision. Généralement ce sont des vieilles femmes supposées disposer du droit d’exciser qui la pratiquent sur des filles allant de 5 à 25 ans. Ces vieilles vivent des recettes de leurs pratiques. Pour elles donc quiconque s’oppose à cette pratique s’oppose à leurs intérêts. Dans un village non loin de Bofossou, il nous a été rapporté que tout les habitants ont dû cotiser 15 millions de francs guinéens, avant que celles-ci n’acceptent de programmer une de ces cérémonies initiatiques.

En plus de ces vieilles exciseuses certains agents de santé, pour des raisons de gain sordides, n’hésitent plus à se livrer à la pratique de l’excision dans des conditions qu’ils prétendent plus hygiéniques que chez les premières. Du coup un conflit d’intérêt les oppose, les unes voulant exclure les autres de cette affaire désormais juteuse. Pour les vieilles traditionalistes, la simple ablation ne suffit pas ; c’est tout le rituel qui compte. Par conséquent les infirmières devraient arrêter d’exciser, puisque l’excision faite par elles ne serait pas valable. Pour être valable le sujet (la fille) devrait passer chez les vieilles traditionalistes. Débat Intéressant n’est-ce pas ?
Durant les congés de Noël qui n’ont durés qu’une dizaine de jours, plus de cent jeunes filles ont été excisées à Daro, dans quatre villages.

Tout cela se fait au vu et au su des autorités administratives non seulement de Daro mais aussi préfectorales et régionales. Bien que l’Etat ait élaboré un ensemble de mesures répressives, l’application fait toujours défaut en raison de la peur. Un sous-préfet parlant de l’excision a dit un jour : « … pourvu que ça ne porte pas atteinte a l’administration général… »

De quoi a-t-on peur ? Sans doute de la mort et des malédictions proférées par les vieilles femmes.

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