Le Front d'Union pour la démocratie et le progrès, alliance pilotée par Mamadou Baadiko Bah, a rendu public ce 1er janvier 2012 un memorandum sur le dialogue politique en Guinée. Dans son mémorandum, cette alliance qualifiée de centriste, se veut toutefois claire et catégorique quant à ses conditions pour participer effectivement au dialogue initié par le gouvernement avec l'ensemble des composantes politiques du pays.
FRONT D’UNION POUR LA DÉMOCRATIE ET LE PROGRÈS (FDP)
MEMO SUR LE DIALOGUE POLITIQUE INTER-GUINÉEN (2012)
Préliminaires
Nous réaffirmons notre total engagement pour un dialogue constructif, fait de concessions réciproques et d’esprit de compromis, dans l’intérêt général. Nous refuserons de nous associer à toute mascarade ou simulacre de dialogue.
Tout en prônant l’ouverture et le dialogue inclusif, nous ne voulons pas que s’installe la confusion et la manipulation. Ainsi, il a été convenu d’avoir trois groupes d’intervenants au dialogue : la mouvance présidentielle, l’opposition et le « centre». Mais il faut préciser que la notion de «centre » dans l’arène
politique est très relative et passagère. Certains en Guinée veulent lui donner un contenu permanent qu’il n’a pas et peut avoir de contenu de droit. En effet, ce qu’on qualifie de « Centre» n’est qu’un ensemble de groupes ou mouvements qui sont tous originaires, soit de la mouvance présidentielle, soit de l’opposition. Et tôt ou tard, ils seront amenés à rejoindre l’un ou l’autre de ces deux groupes.
I. SUR LES QUESTIONS DE PROCEDURE :
1. Il est nécessaire avant d’engager tout débat sur le fond, d’adopter un ordre du jour ;
2. Les groupes participant au dialogue ont un droit à la parole, à égalité ; chaque groupe pourra avoir deux porte-paroles ;
3. Les décisions seront prises par consensus et non par vote.
II. SUR LES QUESTIONS DE FOND RELATIVES AU PROCESSUS ELECTORAL
Le processus électoral devant terminer la transition est bloqué du fait de la rupture du consensus sur la conduite des
opérations électorales. La CENI qui est sortie complètement décrédibilisée des élections présidentielles, travaille en vase
clos, dans l’opacité totale. De plus, cet organe est déchiré entre factions hostiles, ce qui ne lui permet pas de jouer
efficacement son rôle, en toute indépendance. La CENI se comporte aujourd’hui comme un organe que personne ne
contrôle et qui n’a de comptes à rendre à personne, sinon à lui-même.
1. La CENI doit être restructurée en profondeur et remise sur les rails, conformément à l’esprit de ses textes fondateurs. La
CENI doit être indépendante et neutre, mais n’est pas au-dessus des partis politiques qui sont ses partenaires privilégiés.
Sa composition doit respecter le principe de la parité entre le pouvoir et ses sympathisants ou alliés d’une part et
l’opposition d’autre part.
Pour éviter de retarder un peu plus le processus électoral, nous ne demandons pas qu’on fasse table rase de la CENI,
mais il est indispensable d’y apporter des changements importants, afin de restaurer sa crédibilité et son efficacité. Ainsi, à
l’instar de l’Administration, les entités qui le souhaitent, doivent pouvoir changer leur représentant à la CENI. De même, les
personnalités trop impliquées dans les querelles partisanes doivent être changées par les organes qui les ont désignés.
En ce qui concerne les démembrements de la CENI et les CARLE, notre coalition d’opposition (le FDP) doit être
représentée, au même titre que les autres alliances.
Des modifications du Code électoral textes doivent être introduits par le CNT afin d’abroger l’article 162 relatif aux pouvoirs
discrétionnaires de la CENI. A ce jour, toutes les sensibilités politiques semblent d’accord sur cette modification.
Un délai doit être fixé pour l’implémentation de tous ces changements relatifs à la CENI.
2. La nouvelle CENI, en concertation avec tous les partenaires (partis politiques, MINAT et autres), doit faire procéder à un
audit complet du fichier électoral, afin d’avoir un point de départ clair, avant toute révision du fichier.
Aucun agenda électoral ne doit être fixé autrement que par consensus.
3. La révision des listes électorales doit être menée de façon transparente, dans le respect des droits des citoyens.
Aucune date des élections ne doit être fixée avant que toutes les cartes aient été distribuées aux ayants droit. La CENI n’a
pas vocation à émettre des cartes d’identité. Elle ne dispose pour cela d’aucun fichier fiable. Le recensement général de la
population ouvrant la voie à l’émission de cartes d’identité biométriques fiables ne doit pas être confondu avec le
processus électoral.
Pour respecter la constitution, les Guinéens de l’étranger doivent participer aux élections législatives, pour la liste
proportionnelle.
4. De solides garanties doivent être obtenues afin de nous assurer de la neutralité de toute l’Administration qui ne doit pas
interférer dans les travaux de la CENI, ses démembrements et les CARLE.
5. Accord final
L’accord final concluant le dialogue politique sera consigné dans un document-cadre détaillé en des termes clairs ne
laissant aucune place à des divergences d’interprétation. Un comité de suivi de l’application des accords devra être mis en
place.
6. Harmonisation des textes de lois
Le CNT devra être saisi par qui de droit, afin de procéder à l’aménagement des textes relatifs à cette période transitoire,
conformément aux accords conclus.
Conakry le 1er janvier 2012
Le Comité de Coordination du FDP
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