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La précision des faits dans le débat public et dans les médias.

Non, cette photo ne montre pas des opposants politiques en train de détruire une route en Guinée

Des publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis le 30 septembre affirment diffuser des photos d’”émissaires” de Cellou Dalein Diallo, principal rival du chef de l’Etat guinéen Alpha Condé à l’élection présidentielle du 18 octobre, en train de détruire une route. Selon nos recherches, les photos partagées montrent en réalité des manifestants en Afrique du Sud qui protestaient en septembre contre les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité pour leurs communautés.

Plusieurs publications circulant sur Facebook en Guinée ces derniers jours (123) dénoncent la “violence de la part de l’UFDG”, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, dont le candidat Cellou Dalein Diallo sera le principal rival du président Alpha Condé à l’élection présidentielle du 18 octobre.

Elles diffusent une photo montrant un homme en train de détruire une route à l’aide d’une pioche ou d’une masse. La chaussée, largement endommagée, est jonchée de plaques de goudron. 

Cellou Dalein Diallo (président de l’UFDG, ndlr) envoie ses émissaires pour détruire les routes faites par le Président Alpha Condé en moyenne Guinée“, accusent ces publications, dont la plus virale a été partagée plus de 300 fois en depuis le 30 septembre. 

Cette image a été diffusée à moins de deux semaines de l’élection qui se tiendra le 18 octobre dans un contexte de vives tensions. Depuis un an, le pays est secoué par un mouvement de contestation contre un troisième mandat du président Alpha Condé, au pouvoir depuis 2010. 

Une recherche d’image inversée – procédé qui permet de retrouver les précédentes utilisations d’une image sur internet – fait apparaître que cette photo ne vient pas de Guinée, mais d’Afrique du Sud, où elle a circulé dès le 22 septembre.

Habitants exaspérés en Afrique du Sud 

Plusieurs médias sud-africains l’ont notamment publiée dans des articles évoquant un mouvement de colère d’habitants de la commune de Pomeroy, dans la province du KwaZulu Natal (est du pays), qui ont bloqué et dégradé la route R33 pour protester contre les problèmes d’approvisionnement en eau et électricité qui durent depuis quatre ans (1234).

Elle est apparue initialement sur les réseaux sociaux évoquant ces protestations.

L’AFP a contacté le 2 octobre plusieurs internautes qui n’ont pas été en mesure de confirmer le lieu et les circonstances où elle a été prise ou n’ont pas répondu aux sollicitations.

La plus ancienne occurrence de cette photo en ligne, trouvée sur Twitter par l’AFP, remonte à la matinée du 22 septembre.

Le service des Transports de la province du KwaZulu-Natal a également relayé cette photo le 25 septembre sur sa page Facebook, accompagnée d’autres clichés, dans une publication condamnant “la destruction des infrastructures et les dommages matériels après que des habitants ont bloqué la R33 et creusé la route en signe de protestation“.

Capture d'écran d'une publication Facebook, prise le 2 octobre 2020
Capture d’écran d’une publication Facebook, prise le 2 octobre 2020

Une porte-parole du service des transports du KwaZulu-Natal, Gugu Sisilana, a confirmé à l’AFP l’authenticité de cette image. “Oui il s’agit de la R33 à Pomeroy”, a-t-elle déclaré le 5 octobre.

Toujours selon le service des Transports sur Facebook, trois suspects ont été arrêtés “pour violence publique“. 

Deux jours après cette manifestation, un membre du conseil exécutif provincial en charge des questions de transports, Bheki Ntuli, s’est rendu à Pomeroy accompagnés de plusieurs autres représentants du conseil exécutif de la province, comme le montre une autre publication du ministère sur Facebook. 

Capture d’écran d’une publication Facebook prise le 2 octobre 2020

Des indices visuels concordants

En parcourant sur Google Street View la R33 entre les localités de Pomeroy et Dundee, on tombe rapidement sur un lieu présentant plusieurs indices visuels concordants avec la photo virale. Et ce malgré des différences, probablement dues au fait que les vues disponibles sur Google Street View datent de mars 2010.

La courbure de la route, la barrière au bord et les panneaux sont identiques. Des différences existent dans la végétation alentour et le marquage au sol qui a changé.

Capture d’écran de Google Street View, prise le 2 octobre 2020

L’étude d’une des photos publiées par le ministère le 25 septembre, comparée à une vue en contre-champ de la capture Google Street View ci-dessus, confirme la localisation. 

On remarque en effet plusieurs correspondances dans la disposition des arbres aux formes caractéristiques (rectangles verts) et des rochers (rectangle rouge) à l’arrière-plan de l’image. Un panneau de signalisation (cercle bleu) est également reconnaissable sur les deux photographies.

Tensions et “discours de haine” en Guinée

Cette photo n’a donc aucun lien avec la campagne à l’élection présidentielle en Guinée, où les tensions se multiplient à l’approche du scrutin. 

Le 30 septembre, jour de diffusion des publications que nous vérifions, le gouvernement avait dénoncé le caillassage d’un convoi du Premier ministre et directeur de campagne d’Alpha Condé dans la région du Fouta-Djalon (qui fait partie de la Moyenne-Guinée), bastion du principal adversaire annoncé du président à l’élection, Cellou Dalein Diallo.

L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) s’est dit étranger aux incidents, s’ils sont confirmés, et a dénoncé une “manipulation”.

Quelques jours plus tôt, un jeune avait été tué par balles à Dalaba et des heurts avaient également fait une quinzaine de blessés à Faranah (centre).

Une mission conjointe de l’ONU, de l’UA et de la Cédéao (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) a mis en garde le 3 octobre contre les “discours de haine à relent ethnique (…) susceptibles d’encourager les violences” durant la campagne pour l’élection présidentielle. 

La mission conjointe a annoncé le déploiement d’observateurs de la Cédéao et de l’Union africaine “afin de contribuer à une élection crédible et transparente” le 18 octobre.

PAR AFP Factuel

Info ou intox : comment vérifier pas à pas cette vidéo de “bagarre” entre “politiciens” en Guinée

Face à une vidéo publiée sur les réseaux sociaux et dont l’origine n’est pas certaine, ce sont souvent des indices dans l’image qui peuvent faire la différence. Avec l’exemple d’une bagarre qui aurait supposément eu lieu en Guinée, impliquant même, selon certains, le président du pays Alpha Condé, nous revenons sur les étapes de vérification d’une vidéo dans notre nouvel épisode d’Info ou Intox.

Un site internet pour identifier une plaque d’immatriculation

Sur le plateau de France 24, Alexandre Capron, de la rédaction des Observateurs de France 24, est revenu sur cette intox. Un élément clé pour vérifier cette vidéo : repérer la plaque d’immatriculation à l’image, dont l’origine peut ensuite être connue grâce à un site spécialisé, “Francoplaque”. Cette intox a circulé en français, mais a aussi été largement relayée en arabe : cela peut surprendre, mais il y a une explication.

Par observers france24

Non, l’âge médian de la population sénégalaise n’est pas de 19 ans

« Nous avons une population éminemment jeune. L’âge médian au Sénégal c’est 19 ans. En clair, cela signifie que plus de la moitié de la population a 19 ans et moins. Ça veut dire que les besoins de formation sont énormes ».

Ces propos sont du ministre sénégalais du Pétrole et des Énergies Mouhamadou Makhtar Cissé. Il les a tenus dimanche 6 octobre 2019, dans l’émission Jury du Dimanche (24’42), qui a été diffusée sur les ondes de la radio sénégalaise I-radio.

Le ministre donnait cette statistique pour évoquer le « besoin pressant » de former les jeunes sénégalais aux métiers du pétrole et du gaz, des ressources qui sont devenues un atout économique pour le Sénégal.

L’âge médian de la population du Sénégal est de 18 ans, et non de 19 ans

La Situation Economique et Sociale du Sénégal, version 2016 est le document le plus récent qui fait le point sur l’âge médian de la population sénégalaise, nous indique l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).

Le chapitre qui évoque la structure de la population sénégalaise par âge et par sexe dispose que « globalement, 30 % de la population a moins de 10 ans, tandis que les moins de 20 ans représentent 52 % entraînant l’âge médian de la population à se situer à 18 ans ».

Que veut dire âge médian ?

« L’âge médian est l’âge qui divise une population en deux groupes numériquement égaux. En général il est fixe », nous explique Moïse Gning, documentaliste à l’ANSD.

C’est comme prendre une population donnée, argue-t-il, et la diviser en deux groupes.

Par exemple, « si on voulait connaitre l’âge médian d’une population, on pourrait dire ceux qui sont âgés de 50 ans et moins, et ceux qui sont âgés de 51 ans et plus ».

M.Gning précise que l’âge médian doit normalement être exprimé par rapport à quelque chose.

« Âge médian de la population en âge de procréer », par exemple.

Ses explications sont corroborées par celles de l’INED,l’Institut national d’études démographiques, établissement public français spécialisé dans les recherches en démographie et les études de population en général.

« C’est l’âge auquel la moitié d’une population donnée a déjà vécu un événement donné, et l’autre non ».

« Exemple : en France, l’âge médian des premières règles est 13,1 ans. La moitié des filles âgées de 13,1 ans ont déjà eu leurs règles, l’autre moitié pas encore ».

Ne pas confondre âge médian et âge moyen

Moïse Gning ajoute qu’il est important de ne pas confondre la notion d’âge médian avec celle d’âge moyen.

« L’âge moyen, argue-t-il, c’est la moyenne d’âge d’une population ; c’est la moyenne des âges des personnes appartenant à cette population ».

Et l’INSEE, l’Institut national de la statistique et des études économiques en France, de préciser que « la moyenne est l’indicateur le plus simple pour résumer l’information fournie par un ensemble de données statistiques : elle est égale à la somme de ces données divisée par leur nombre ».

Toutefois, indique l’INSEE, « la moyenne d’une distribution n’est pas toujours le meilleur indicateur : la médiane est souvent plus pertinente. Mais son calcul exige de connaître toute la distribution, ou en tout cas sa partie centrale ».

Au Sénégal, l’âge moyen de la population est estimé à 19 ans selon les dernières projections de l’ANSD.

Conclusion : le ministre Mouhamadou Makhtar Cissé se trompe sur l’âge médian au Sénégal

Selon le ministre sénégalais du Pétrole et des Énergies, Mouhamadou Makhtar Cissé, « l’âge médian au Sénégal c’est 19 ans ».

Selon les dernières données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal, datant de 2016, l’âge médian est de 18 ans.

C’est, plutôt, l’âge moyen de la population sénégalaise qui est actuellement estimé à 19 ans selon la même source.

Par Africa Check (francophone)