Coronavirus : la Guinée capitalise sur son expérience de l’épidémie d’Ebola

Le pays, où un premier cas de Covid-19 a été détecté le 5 mars, dispose de trois centres de traitement et d’autant de laboratoires capables d’effectuer des tests épidémiologiques.

Vingt-quatre heures. C’est le laps de temps qu’il aura fallu aux autorités guinéennes pour confirmer le premier cas de coronavirus sur le territoire, jeudi 5 mars, et remonter l’itinéraire du malade pour confiner les possibles contaminés. Cette efficacité, la Guinée la doit à la réactivation des dispositifs de gestion de l’épidémie d’Ebola qui avait frappé le pays entre décembre 2013 et juin 2016.

Un peu plus loin, dans un espace dédié, nouvelle pause. Cette fois, les voyageurs sont tenus d’inscrire sur un formulaire les informations concernant leur vol, leur état de santé, mais aussi ce qui permettra d’assurer leur suivi pendant les quatorze jours durant lesquels la maladie peut être incubée.

Près de 300 contacts identifiés

Ouvert 24 heures sur 24, l’aéroport de Conakry, qui a accueilli 15 000 voyageurs en février, semble accomplir ce rituel avec un grand naturel. En fait, c’est simplement la remise à l’ordre du jour des gestes et des réflexes liés au dispositif créé fin 2013 pour endiguer l’épidémie d’Ebola. Entre-temps, quand même, « la salle d’isolation a été réaménagée : en plus des deux lits et de la climatisation, une porte de sortie a été ajoutée face à la porte d’entrée, afin d’éviter que les cas suspects ne croisent d’autres passagers », explique Amadou Sow, le directeur de la sûreté et de la sécurité de l’aéroport.

L’aéroport travaille en lien avec le centre de traitement des épidémies de Nongo, en banlieue nord de Conakry, qui avait lui aussi été ouvert pour l’accueil des malades d’Ebola. C’est d’ailleurs dans ce centre que le premier cas de coronavirus a été confirmé chez une ressortissante belge d’une délégation de l’Union européenne. Le 5 mars au soir, quand les tests sanguins ont identifié la présence du génome du Covid-19, la mission d’investigation et de prévention de la propagation du virus s’est tout de suite mise en branle pour retracer l’itinéraire de la malade et, très vite, 295 contacts ont été identifiés, dont la moitié a passé la période d’incubation de quatorze jours sans présenter aucun symptôme.

L’expérience d’Ebola a imposé ce quadrillage. En 2013, le personnel soignant avait été surpris par cette maladie inconnue, aux symptômes semblables à ceux du paludisme. Et trois mois avaient été nécessaires avant que l’Etat et Médecins sans frontières (MSF) ne parviennent à isoler le virus. A cause de ce temps perdu, du manque d’infrastructures et d’équipements sanitaires adéquats, six mois après, le virus Ebola s’était propagé dans 60 lieux différents en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia. Il avait fallu le renfort de la communauté internationale pour que le pays en vienne à bout en juin 2016, soit deux ans et demi plus tard.

Au total, l’épidémie avait fait plus de 11 000 morts, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont près de 2 500 en Guinée.

Manque de moyens et de masques

Aujourd’hui, la Guinée montre qu’elle a capitalisé sur ce drame. Elle en est ressortie avec une expérience en gestion des épidémies et trois centres de traitement. Ces lieux, directement opérationnels pour le Covid-19, viennent compléter trois laboratoires en mesure d’effectuer des tests épidémiologiques (l’Institut national de santé publique, l’Institut Pasteur et le centre de Nongo) et une Agence nationale de sécurité sanitaire, dont la mission est de coordonner la prise en charge des malades.

Si l’Etat semble donc mieux préparé à affronter le Covid-19, le manque de moyens demeure quand même un problème dans ce pays classé 174e sur 189 selon l’indice de développement humain (IDH) établi par le PNUD. Le virus peut en effet causer des insuffisances respiratoires qui nécessitent une prise en charge dans une unité de soins intensifs, dont la Guinée ne dispose pas. Et pour l’heure, seuls 1,45 million de masques sont disponibles, pour une population de 12,8 millions de personnes. Les autorités comptent donc sur l’appui de leurs partenaires, dont la Banque mondiale, pour mobiliser l’argent nécessaire à cet équipement.