En Guinée, l’inquiétant référendum constitutionnel

Les Guinéens sont appelés à se rendre aux élections législatives et au référendum constitutionnel, dimanche 1er mars. L’opposition réunie au sein du FNDC, le Front national pour la défense de la Constitution, appelle à boycotter ce rendez-vous, alors que l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) juge problématique ce référendum.

Le scrutin de dimanche 1er mars en Guinée s’annonce très tendu, de nouvelles violences étant redoutées. La majorité de la société civile et l’opposition politique, réunie au sein du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), appellent à le boycotter tandis que l’armée a été réquisitionnée par les autorités pour assurer la sécurité de la consultation.

La réforme de la Constitution en débat

C’est moins l’élection législative que le référendum constitutionnel qui cristallise les mécontentements. Pour l’opposition, cette consultation est une manipulation en vue de permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle d’octobre 2020, alors que la constitution de 2010 ne le lui permet pas. Du côté du pouvoir, on justifie cette réforme en expliquant qu’il s’agit de « doter la Guinée d’une Constitution qui réponde aux besoins actuels », sur les droits des femmes, la lutte contre les mutilations génitales féminines, la gratuité de la scolarité, l’écologie, la répartition des revenus de l’État.

Des mois de contestation

Depuis le mois d’octobre, l’opposition a manifesté son hostilité en organisant des marches interdites par le pouvoir et réprimées par les forces de l’ordre. Au moins 30 civils et un gendarme ont été tués et des centaines de personnes ont été blessées.

La condamnation de l’OIF

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a remis en cause lundi 24 février, la régularité des élections du 1er mars. En 2018, elle avait mené avec l’ONU et l’Union européenne un audit du fichier électoral datant de 2015. Ils avaient conclu que 2,49 millions d’électeurs enregistrés sur ce fichier étaient « problématiques ». Or, constate l’OIFils figurent toujours dans la base de données actuelle. Parmi eux, des électeurs décédés ou des doublons : sur ces 2,49 millions de personnes, 98 % « ne disposent pas de documents permettant leur identification ». En conséquence, l’OIF s’est retirée du processus électoral en cours.

La Cedeao n’est pas la bienvenue en Guinée

Une mission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pilotée par plusieurs chefs d’État devait se rendre en Guinée, le 28 février, pour trouver un compromis avec les autorités guinéennes avant la consultation de dimanche, selon Radio France Internationale. La Cédéao, attachée au principe du respect de la Constitution, entendait le rappeler à Alpha Condé mais ce dernier aurait opposé une fin de non-recevoir à cette délégation.

Un appel à la communauté internationale

Par ailleurs, sept organisations françaises se sont réunies pour demander, le 27 février, aux partenaires internationaux de la Guinée – « en premier lieu l’Union européenne (UE) et la France » – de reconnaître que les élections ne peuvent pas se tenir dans le contexte actuel. Elles demandent à l’UE et à ses États membres d’activer « les leviers diplomatiques dont ils disposent (notamment l’article 96 de l’Accord de Cotonou) pour que la Guinée respecte les droits constitutionnels à manifester et à s’exprimer librement ainsi que ses engagements en matière de droits humains, notamment le non-usage excessif de la force, la lutte contre la torture, et les droits des personnes détenues. » Parmi les membres de cette plateforme, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), CCFD-Terre Solidaire, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Tournons la page.