En Guinée, l’Organisation internationale pour les migrations contrôle des frontières et les âmes

En Guinée, l’Organisation internationale pour les migrations incite les jeunes à ne pas tenter de gagner l’Europe. Une campagne de communication financée par l’Union européenne et soutenue par des artistes locaux bat son plein.

“Ne pars pas”, c’est le slogan choisi par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) pour inciter la jeunesse guinéenne à ne pas se risquer sur les routes de l’exil et à rester chez elle. Financée en majeure partie par l’Union Européenne, cette campagne de sensibilisation a pris les contours d’une vaste entreprise de communication d’influence où les mondes des arts et de la culture ont été cooptés pour porter le message. Humoristes, auteurs de bandes dessinées et autres rappeurs sont payés pour clamer, écrire ou chanter des éléments de langage définis par l’OIM qui agit pour le compte de l’Union européenne.

La chanson “Falé” du très populaire groupe de rap Degg J Force 3 a été écrite en partie par la directrice de l’OIM en Guinée et par son équipe de communicants. Son clip a été financé à hauteur de 15 000 euros par l’Union européenne. Plus de dix ans après la sortie du titre “Ouvrez les frontières” de l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly, les artistes guinéens se veulent volontiers moralistes. Moussa Mbaye, un des deux chanteurs du groupe Degg J force 3, qui interprète “Falé” justifie sa démarche : “Nous pensons fermement que la jeunesse africaine a la possibilité de réussir dans son pays”.

L’OIM s’appuie également sur le réseau des migrants dits “retournés volontaires” qu’elle a rapatriés de Libye, du Maroc ou du Niger. À travers l’Association guinéenne de lutte contre l’immigration illégale qu’elle finance, les migrants “retournés volontaires” racontent aux candidats potentiels au départ les dangers de la traversée du Sahara, les tortures en Libye, etc.

Il faut rester au pays plutôt que de mourir en Méditerranée ou alors utiliser les voies légales, comme l’OIM invite à le faire. Mais ces voies légales n’ont jamais été aussi inaccessibles à une jeunesse guinéenne coincée dans un pays miné par le chômage, la misère, la corruption et dont le système éducatif ne lui offre aucun débouché professionnel.

“Grand Reportage” de Raphaël Krafft.