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Ce pays d’Afrique de l’Ouest s’apprête à organiser le scrutin présidentiel, dimanche 18 octobre, dans un contexte tendu. L’opposition muselée et l’instrumentalisation des questions ethniques pourraient déstabiliser le pays.

Dans quel contexte s’organise l’élection présidentielle guinéenne, prévue dimanche 18 octobre ?

Depuis octobre 2019, la Guinée est le théâtre de nombreuses contestations à la suite de la volonté de l’actuel président, Alpha Condé, de briguer un troisième mandat. Pour réaliser ce tour de force, le chef d’État, élu en 2010, a fait adopter une nouvelle Constitution lors d’un référendum contesté en mars dernier. L’initiative a provoqué une levée de boucliers de la part de la société civile, ses adversaires dénonçant un « coup d’État constitutionnel ».

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Si les manifestations ont fleuri dans tout le pays, elles ont été sévèrement réprimées par le pouvoir en place. « Les autorités ciblent les dirigeants des mouvements d’opposition pour effrayer la société civile », déclare Molly Rose Freeman Cyr, chargée de programme Afrique de l’Ouest à la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). Selon l’experte, ces protestations répétées signifient que « la majorité de la population en Guinée ne veut plus d’Alpha Condé ».

Parmi les onze candidats à la présidentielle, Cellou Dalein Diallo figure comme le principal opposant. Dimanche 11 octobre, le candidat – qui en est déjà à sa troisième tentative – a accusé le pouvoir en place d’avoir donné l’ordre à des jeunes de lui barrer la route pour l’empêcher de faire campagne dans le Kankan, bastion électoral du président sortant Alpha Condé dans l’est du pays.

En quoi les deux principaux candidats exacerbent les tensions ethniques lors de cette campagne présidentielle ?

En Guinée, il n’est pas rare que les questions ethniques soient exploitées à des fins politiques. « Tous les partis en Guinée sont à base de régionalisme, ils ne proposent pas de projet de société », analyse Aliou Barry, chercheur et directeur du Centre d’analyse et d’études stratégiques (CAES).

L’actuel président Alpha Condé, issu de l’ethnie malinké, deuxième du pays, tente de mobiliser sa communauté autour d’un discours belliqueux au risque d’attiser la haine : « Cette élection n’est pas seulement une élection, c’est comme si nous étions en guerre », a récemment déclaré l’actuel président Alpha Condé, dans sa langue régionale.

Une offensive menée notamment contre les Peuls – ethnie majoritaire – dont l’opposant Cellou Dalein Diallo est issu. « C’est en 1976 que l’ex-président Sékou Touré avait déclaré la guerre aux Peuls. Cette communauté compte beaucoup de cadres et l’objectif est de lui barrer l’accès au pouvoir », poursuit Aliou Barry.

Dans ce climat électoral tendu, la Guinée risque-t-elle de connaître un nouveau cycle de violences ?

Vendredi 9 octobre, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, s’est dite « profondément préoccupée » par les récents événements à Conakry. Depuis son indépendance, en 1958, le pays a été traversé par plusieurs cycles de violences, dont le plus marquant remonte au massacre de septembre 2009, où des militaires avaient massacré 157 personnes s’opposant au pouvoir en place.

Une victoire d’Alpha Condé – fort probable selon Aliou Barry – pourrait déstabiliser un pays déjà fragile économiquement. En effet, le manque d’eau et d’électricité cristallise de nombreux mécontentements surtout dans les régions minières où le taux de chômage est très élevé. « Je crains la période post-électorale… La question est de savoir si la population locale acceptera le résultat », conclut l’expert.

Par La-Croix

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