Guinée : des interrogations après la mort de deux opposants en prison

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INQUIÉTUDE. Les conditions de détention en Guinée seraient notamment à l’origine de la mort de deux opposants en détention. La communauté internationale réagit.

Il avait 21 ans, il s’appelait Mamadou Oury Barry, emprisonné à la Maison centrale de Conakry depuis le 5 août dernier à la suite des manifestations contre le 3e mandat d’Alpha Condé, il est mort samedi 16 janvier. Pour sa famille, il ne fait aucun doute : le jeune homme n’a pas reçu les soins nécessaires en prison.

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Les membres ou sympathisants de l’UFDG visés

Détenu pour « coups et blessures volontaires », selon le ministère de la Justice, Mamadou Barry était un membre du parti UFDG de Cellou Dalein Diallo, le principal opposant à Alpha Condé. Il était « un militant de l’opposition », sans en être « ni une figure ni un cadre », a dit vendredi 22 janvier à l’Agence France-Presse un responsable pour l’Afrique de l’Ouest d’Amnesty International, Fabien Offner. « C’était un jeune qui, comme beaucoup dans les quartiers contestataires, a été arrêté en marge de manifestations parfois violentes en réaction au processus qui a conduit Alpha Condé à se maintenir au pouvoir et aux nombreuses violations graves » des droits humains, a-t-il expliqué. Cellou Dalein Diallo a déploré une mort « par manque de soins ». Le ministère de la Justice, lui, a parlé de « mort naturelle liée à une occlusion intestinale et à une anémie bioclinique ».

Des questions sur les conditions de détention

Ce décès a beaucoup fait réagir, car, un mois plus tôt, un cadre de l’UFDG, Roger Bamba, est également mort en détention, avant son procès. Le gouvernement avait invoqué la maladie, sa famille parlant d’empoisonnement et de « crime d’État ». Dans tous les cas, ces décès « mettent en évidence les dysfonctionnements du système pénitentiaire et de l’appareil judiciaire guinéen », a dit jeudi dans un communiqué l’Union européenne. « Les conditions carcérales sont compliquées, la maison d’arrêt centrale de Conakry est conçue pour 250 à 300 détenus, et elle en abrite plus de 1 500, dont plus de mille en détention provisoire. Les conditions de vie sont précaires, ainsi que l’alimentation des détenus, les soins médicaux. (…) Ces conditions sont sans doute à l’origine du nombre de décès des opposants. Donc l’UE appelle les autorités guinéennes à remédier à cette situation et que la justice puisse pleinement s’exercer sur la base d’enquêtes indépendantes. »

Les États-Unis ont également réagi, se disant « gravement préoccupés » par le « ciblage de l’opposition politique par le gouvernement », avait fait savoir auparavant leur ambassade à Conakry. Pour Washington, « les actions du gouvernement et la mort de deux membres de l’opposition pendant leur détention remettent en question l’engagement de la Guinée en faveur de l’État de droit ». Ces décès « n’ont évidemment rien de naturel et résultent de violations graves des principes fondamentaux de l’ONU relatifs au traitement des détenus », a estimé Fabien Offner. Une centaine de personnes au moins sont mortes en détention en Guinée entre 2015 et octobre 2019, a-t-il souligné.

La Guinée a été pendant des mois en proie à une profonde crise causée par la candidature de l’actuel président Condé à un troisième mandat controversé. La contestation, plusieurs fois durement réprimée, a fait des dizaines de morts depuis octobre 2019. Alpha Condé a été proclamé vainqueur au premier tour de la présidentielle par la Cour constitutionnelle, malgré les mises en doute de la régularité du vote. Les semaines avant et après l’élection ont vu l’arrestation de centaines d’opposants, selon Amnesty et Human Rights Watch. Deux opposants arrêtés en même temps que Roger Bamba, en septembre, Souleymane Condé et Youssouf Diabaté, membres du FNDC, ont quant à eux été condamnés mi-janvier à un an de prison ferme et à une amende de 20 millions de francs guinéens, soit 1 600 euros, par le tribunal de Dixinn, un quartier de Conakry. Le procureur leur reprochait d’avoir appelé à l’arrestation d’Alpha Condé et d’avoir accusé le pouvoir d’assassiner des enfants, estimant que ces faits relevaient de « l’incitation à la révolte et à la déstabilisation du pays ». Les prévenus se sont défendus d’avoir tenu de tels propos.

Par Le Point Afrique

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