Les viols sur mineures, un fléau qui gangrène la société guinéenne

Le fléau se répand comme une traînée de poudre. Des ONG guinéennes ne cessent de tirer la sonnette d'alarme depuis plusieurs années. En vain.

Des mineures kidnappées sur le chemin de l’école retrouvées violées, des hommes de 70 ans qui n’hésitent pas à s’en prendre à des jeunes filles d’à peine 14 ans, des enseignants qui abusent de leurs élèves… le viol sur mineures est devenu un problème de société et de santé publique en Guinée. Certaines victimes ont succombé aux blessures infligées par leurs bourreaux.

Au mois de mai, le cas du viol d’une fillette de deux ans à Conakry a particulièrement ému l’opinion. D’autant plus que l’auteur du viol est un mineur de moins de 18 ans. Malgré les menaces et les intimidations, la mère de la victime n’a rien lâché jusqu’à ce que l’adolescent présumé violeur soit déféré devant le tribunal pour enfants.

Si ce criminel n’est pas puni, c’est sur la fille d’une autre qu’il se jettera un jour. – Madame Diallo, mère de la victime au journal Le Lynx

Le phénomène a pris une ampleur sans précédent. La liste des victimes ne cesse de s’allonger, s’inquiète la presse guinéenne. Comme l’explique le site guinéen d’information Postcast journal.net, les violeurs de mineurs sont souvent des membres de la famille, restreinte ou élargie, de la victime, voire une connaissance familière. Le site raconte le cas d’une orpheline de 7 ans, recueillie par sa grande sœur dans un village du sud-est de la Guinée. Victime de viols répétitifs perpétrés par le mari de sa sœur, elle est tombée enceinte à l’âge de 11 ans. L’homme de 50 ans profitait de l’absence de sa femme pour abuser de la fillette.

“C’était violent et douloureux”, témoigne la fillette, violée sous la menace d’un couteau pour l’empêcher de dévoiler les faits. Elle raconte ensuite comment elle a été forcée par ce même beau-frère à prendre une décoction pour avorter, puis par sa sœur pour cacher l’affaire. Mais elle a fini par les dénoncer.

Un système d’arrangement à l’amiable

Selon les statistiques fournies par l’Office de protection de l’enfance, deux à trois viols sont enregistrés chaque jour à Conakry, la capitale. En 2018, quelque 552 cas de viols avaient été commis en trois mois, entre les mois d’août et d’octobre. Les victimes sont pour la plupart des mineures dont les agresseurs profitent souvent du système d’arrangement à l’amiable entre les familles pour ne pas être inquiétés.

“Si rien n’est fait pour freiner ce phénomène, toutes les filles de Guinée seront violées d’ici peu”, met en garde la Coalition des femmes et filles de Guinée pour le dialogue et la paix qui a mené une enquête dans la capitale. Des ONG guinéennes se mobilisent pour porter secours aux nombreuses victimes de ce fléau et pour convaincre leurs familles de porter plainte.

Nous avons souvent des parents qui refusent de porter plainte parce qu’une fille violée n’aura pas de mari. Ou bien ils refusent de porter plainte pour la dignité de la famille
– Saran Traoré, membre du Cercle des jeunes filles battantesà la Deutsche Welle

Les Associations de protection des enfants tirent la sonnette d’alarme. Elles appellent les autorités guinéennes à prendre toutes les dispositions nécessaires pour freiner ces actes intolérables. Pour le sociologue guinéen Aboubacar Camara, il est grand temps de faire comprendre à la population qu’elle doit considérer le viol comme “un crime à dénoncer et non comme un tabou”, explique-t-il au correspondant à Conakry du site 360 afrique.com.

“La honte doit changer de camp”

Des voix s’élèvent aussi pour dénoncer l’impunité dont bénéficient les violeurs d’enfants qui, parfois, se retrouvent rapidement en liberté malgré les crimes commis. “Ils finissent par prendre goût à cette pratique”, déplorent les ONG. “Quand on arrête un coupable, on doit appliquer la loi pour lui montrer que c’est un crime qu’il a commis”, plaide Zenab Diallo, une mère de famille guinéenne, interrogée par nos confrères d’Africaguinee.com.

Dans le combat engagé contre la culture du viol, les Guinéennes ont pris les devants. “Il faudra que la honte change de camp”, clament-elles. Elles manifestent régulièrement dans la capitale pour exiger que les bourreaux soient traduits en justice et qu’ils soient punis conformément à la loi. En Guinée, le viol est passible de peines allant de 5 à 20 ans de réclusion criminelle. Des peines rarement appliquées.

 

PAR francetvinfo