Violences à N’Zérékoré : un natif de la région alerte la communauté internationale sur le danger qui guette la sous-région.

« Guinéennes et Guinéens,
Chers Responsables des Institutions Nationales et Internationales,
Chers Représentations Diplomatiques accréditées en Guinée,
Chers Amis de la Guinée,

L’heure est grave dans la préfecture de Nzérékoré, ville capitale de Guinée Forestière! En effet, depuis la nuit du Dimanche 22 Mars 2020, des violences post-électorales y ont éclatées et elles risquent de déborder si des mesures urgentes sont pas prises par les autorités compétentes.

En l’intervalle de trois jours seulement, selon des sources concordantes, nous déplorons déjà plus de soixante-dix pertes en vie humaine, des centaines de blessés graves, des lieux de culte et des concessions privées incendiés, d’innombrables commerces mis à feu ou complètement dépouillés de leurs contenus. Le tout couronné par l’effritement du tissu social avec le danger d’un conflit à relent ethno-religieux. Ce bilan provisoire, lourd et inadmissible, continue de s’aggraver chaque minute qui passe.

C’est pourquoi, conscient du danger que de tels agissements à N’zérékoré posent à la Guinée et au pays frontaliers, le Liberia en particulier;

Conscient des conséquences néfastes produites par de tels affrontements dans la ville de N’zérékoré et à ailleurs en Guinée, de par le passé;

Soucieux du maintien de la paix et du renforcement du tissu social en Guinée Forestière et dans toute la Guinée, et de la stabilité dans la sous-région;

En tant que Guinéen et natif de N’zérékoré, j’invite les populations de N’zérékoré, de la Guinée Forestière et de toute la Guinée à la retenue et à ne pas céder aux provocations fortuites. Sauvons d’abord notre maison commune où nous sommes tous appelés à cohabiter. Ne laissons pas des individus malintentionnés mettre le feu à notre ville. Donnons-nous les mains pour barrer la route à ces pyromanes à tous les niveaux.

Aux autorités préfectorales, régionales et nationales; nous vous exhortons à assumer vos responsabilités et à jouer pleinement votre rôle de défenseurs impartiaux des populations. À ce titre, nous vous invitons à immédiatement mettre fin aux mouvements et aux activités des milices “donzos” et “ULIMO” dans la préfecture de N’zérékoré et sur toute l’étendue du territoire national. Ces deux groupes de milices et leurs supporteurs sont responsables du carnage humain qui prévaut aujourd’hui dans Nzérékoré. Nous vous demandons également la libération immédiate des innocents jeunes kpèlès (guerzés) qui ont été arrêtés et transportés vers des destinations inconnues.

À la Communauté Internationale et aux amis de la Guinée, nous vous invitons à prendre urgemment vos bâtons de pèlerins pour endiguer, le plutôt possible, cette crise qui prend de l’ampleur dans N’zérékoré. Si des dispositions ne sont pas prises à temps, ces abus et affrontements risquent de s’étendre sur le Liberia voisin. Une instabilité sous-régionale à l’image de celle que nous avons connue et vécue dans les années ’90s guette la sous-région.

Pour conclure, j’exhorte donc chacun, en ce qui relève de sa responsabilité, à tout mettre en œuvre et à ne ménager aucun effort pour un arrêt immédiat des violences et pour la résolution de cette crise. Car N’zérékoré et la Guinée Forestière est une zone cosmopolite, hospitalière et géostratégique pour la stabilité de la sous-région.

Vivement la paix et la quiétude sociale pour l’émergence d’une Guinée unie, démocratique, juste et prospère.

Edouard N. Haba
Médiateur au Tribunal de Première Instance (Superior Court) de Washington, DC
Conseiller Municipal dans la ville de Hyattsville, MD
Expert en Analyse et Résolution des Conflits »