« Bois d’ébène». La mémoire des esclaves à l’honneur
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France 2. 20 h 55. Présenté en première partie de soirée sur la chaîne publique, Bois d’ébène retrace le destin d’un village guinéen né libre, et devenu esclave. Un film essentiel réalisé par le cinéaste sénégalais Moussa Touré.

Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions oblige, faisons un saut dans le passé, deux siècles avant notre ère. Nous sommes en 1825, deux décennies avant l’abolition de l’esclavage en France. Tout un village guinéen se fait voler sa liberté par un groupe de négriers. Parmi eux Yanka et Toriki. Ainsi, commence le documentaire-fiction de Moussa Touré, cinéaste sénégalais.

Au-delà du chiffre effroyable de 12 millions d’esclaves vendus et exploités, cité au début du film, le réalisateur choisit de s’attacher au destin de ces personnages pour mieux tâter l’enfer de la traite humaine. Arrachés de leur terre, ils seront emmenés par bateaux jusque de l’autre côté de l’Atlantique pour travailler sur les plantations du Nouveau Monde. On suit le tri de ces femmes, hommes et enfants, avec des critères similaires à une sélection de bestiaux. Il les faut solides, eux qui vont devoir survivre à la traversée et à une vie de forçat en Amérique.

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Entassement, méthodes d’hygiène, suicides…

Rasés et lavés au vinaigre pour le corps, au citron pour les yeux, ils embarquent. Le film s’attarde sur la traversée : l’entassement, les méthodes d’hygiène, les suicides… Puis l’exploitation. La fiction s’enrichit des récits d’esclaves et des écrits de capitaines et d’armateurs, ajoutés dans certains passages. Ils recomposent la logique de l’époque et les détails de ce marché à grande échelle. Avec pudeur, Moussa Touré plonge dans cette horreur et prend le temps de développer chaque caractéristique de la traite. Ce qui en fait un film parfois un peu lent. On ne peut que saluer, cependant, la démarche de France 2 sur un sujet trop peu traité à la télévision. En annonçant les programmes-phares de l’année 2016, Vincent Meslet, directeur exécutif de la chaîne, évoquait déjà ce « document très important ». Comme une des vitrines du service public : « On a un rôle social particulièrement important, quasi politique. C’est d’une urgence absolue vu les événements que l’on traverse. » La chaîne publique respecte sa mission avec ce film.