Gouvernance : Cette décision du Premier Ministre YOULA, qui provoque des grincements de dents !
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Lors d’une plénière de l’assemblée nationale ce mercredi 04 mai 2016, le premier Ministre Mamadi YOULA a présenté la politique générale du gouvernement. Cette présentation comme le prévoit la constitution guinéenne en son article 57, permet aux élus du peuple d’avoir plus de visibilité sur les actions censées être réalisées par le gouvernement. Nous vous proposons le discours intégral de Mamadi YOULA. Lisez plutôt !

Conakry, le 4 Mai 2016 – Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

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Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions Républicaines,

Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,

Monsieur le Représentant du Chef de l’Etat auprès de l’Assemblée Nationale,

Mesdames et Messieurs les Membres du Corps Diplomatique et Consulaire,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Institutions et Organismes Internationaux,

Messieurs les Officiers Supérieurs de l’Etat Major Général des Forces Armées et de la Gendarmerie,

Monsieur le Directeur Général de la Police Nationale,

Monsieur le Directeur National de la Douane,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Centrales Syndicales et des Organisations de la Société Civile,

Mesdames et Messieurs les Leaders Religieux,

Monsieur le Gouverneur de la Ville de Conakry,

Honorables Députés,

Mesdames et Messieurs,

Je me sens particulièrement honoré et j’éprouve une grande fierté en me présentant devant cette auguste assemblée des représentants du Peuple pour vous présenter le Discours de Politique Générale du Gouvernement que je dirige.

Comme vous le savez, le 26 décembre 2015, le Chef de l’Etat, S.E. le Professeur Alpha Condé, m’a fait l’honneur de me nommer aux hautes fonctions de Premier Ministre, Chef du Gouvernement, en me chargeant conformément à la Constitution de diriger, de contrôler, de coordonner et d’impulser l’action du Gouvernement.

C’est donc en ma qualité de Chef du Gouvernement, investi de la confiance du Président de la République, que je viens décliner devant la Représentation Nationale les grandes lignes de la Politique du Gouvernement.

Monsieur le Président,

Honorables députés,

J’ai accepté cette exaltante mission avec enthousiasme mais aussi avec une parfaite lucidité et une pleine mesure de la responsabilité qui pèse désormais sur ma modeste personne.

J’ai accepté cette responsabilité avec humilité mais avec une farouche détermination à contribuer à l’amélioration des conditions de vie de mes compatriotes et être à la hauteur de la confiance dont j’ai été investi par le Président de la République.

J’ai accepté cette nomination, convaincu que l’impulsion que j’entends donner à ce Gouvernement, composé d’hommes et de femmes pétris d’expérience et animés d’un engagement sans faille pour leur pays, nous permettra, tous ensemble, de créer une dynamique nouvelle pour la Guinée et pour les Guinéens.

Mais j’ai surtout accepté cette nomination, car je crois en l’avenir de mon pays et en la détermination de tous les Guinéens à vouloir accélérer leur marche vers le progrès et développement.

Je ne doute aucun instant qu’ils sont prêts à se mobiliser autour de leur Gouvernement pour engager un vaste chantier de réformes et infléchir le cours de l’histoire de notre pays pour le placer parmi les Nations résolument engagées sur la voie de la modernisation, en paix avec elles-mêmes et avec le reste du monde.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

Le Chef de l’Etat, SE le Professeur Alpha Condé, a été porté à la magistrature suprême en 2010, à la faveur de la première élection véritablement démocratique de l’histoire de notre pays.

Lors de son investiture, il annonçait une ère nouvelle, une ère marquée par la restauration de l’Etat et par l’instauration du droit, par la bonne gouvernance ainsi que par un meilleur fonctionnement du pouvoir judiciaire et des forces de défense et de sécurité, afin de garantir, sans aucune distinction, la protection de l’Etat aux citoyens et aux investisseurs.

Il avait alors appelé les Guinéens à se donner la main pour assurer la marche de notre peuple vers la réalisation d’un destin commun: sortir notre cher pays de la pauvreté et du sous-développement et l’engager sur le chemin de l’émergence économique et sociale.

Pour réussir ce pari, il a, d’abord et avant tout, mis en avant le renforcement de la démocratie et de l’Etat de droit. En effet, un demi-siècle de parcours politique l’a convaincu, qu’en la matière, que rien de grand et de vraiment pérenne ne peut se construire sans la démocratie. Elle est garante de la sécurité, de la paix et du développement. Elle assure le respect des droits et des libertés de tous. Avec elle, tous les progrès sont possibles.

En moins de cinq ans, et dans tous les domaines, le pays a connu des avancées et des réalisations remarquables ; les faits et les résultats sont là pour le prouver et valent mieux que tous les discours.

Mais tout le mérite revient au peuple de Guinée qui a investi le Chef de l’Etat de sa confiance et consenti les sacrifices dictés par le redressement de la Guinée.

Les fondations sont maintenant bâties, le chemin est balisé et la Guinée a pris un nouveau départ qu’il importe de consolider.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

Dans la période 2010-2015, notre pays a pu enregistrer des acquis indéniables dans de nombreux domaines, grâce aux réalisations effectuées dans les différents secteurs.

A la lumière du bilan présenté par le Chef de l’Etat au peuple guinéen, ces résultats positifs ont eu pour effet d’améliorer sensiblement les indicateurs de la Guinée, lui permettant de consolider les bases de l’Etat de droit et de relancer le processus de développement économique, social et culturel, en dépit des chocs exogènes imprévisibles comme l’avènement brutal de la terrible épidémie de la maladie à virus Ebola en 2014.

La quasi-totalité des Institutions constitutionnelles de notre pays ont été créées et installées et elles sont devenues pleinement opérationnelles. La mise en place de ces Institutions et le renforcement de leurs capacités constituent désormais le socle de la démocratie dans notre pays, garantissant la nette séparation des pouvoirs. L’ancrage démocratique est désormais une réalité en Guinée et rien ne pourra arrêter la marche de notre nation vers cet idéal.

Concernant la Justice, en moins de cinq ans, le Président Alpha Condé a réussi à créer les conditions pour rétablir graduellement la confiance de la population à l’égard de la Justice en luttant contre la corruption et l’impunité qui ont longtemps terni l’appareil judiciaire guinéen. C’est ainsi que le Conseil Supérieur de la Magistrature a été mis en place et rendu pleinement opérationnel. C’est également dans ce cadre que le statut particulier de la Magistrature a été adopté et appliqué, avec une revalorisation du salaire des magistrats et une amélioration progressive de leurs conditions de travail.

Pour avoir été lui-même victime de l’arbitraire tout au long de son combat pour la démocratie et le droit, le Chef de l’Etat peut assurément témoigner, plus que quiconque, de l’importance de la Justice.

Je suis également heureux de partager avec vous l’un des plus importants accomplissements du premier mandat : la Réforme du Secteur de la Sécurité. En moins de cinq (5) ans, des jalons solides de refondation de notre armée et des forces de sécurité ont été posés, afin d’en faire des corps républicains, voués à la défense de l’intégrité territoriale, à la protection des personnes et de leurs biens et à la stabilité sociopolitique. Grâce aux réformes engagées, les relations entre les populations guinéennes et leur Armée se sont considérablement améliorées et la confiance mutuelle indispensable se raffermit jour après jour.

Sur le plan international, la Guinée a repris sa place dans le concert des Nations. Des relations avec les pays voisins et amis ont été renforcées et la coopération a été diversifiée, en établissant de nouveaux axes diplomatiques et de coopération. Notre pays a également repris sa place de pays actif dans l’intégration des pays de l’Union du Fleuve Mano, de l’OMVG, de l’OMVS, de la CEDEAO et de l’Union africaine.

Sur le plan économique, et au regard de la situation dans laquelle le pays se trouvait en 2010, l’une des priorités de l’action gouvernementale a été le rétablissement et la maîtrise de l’équilibre des finances publiques, la baisse des prix, la stabilisation du taux de change et la conduite de réformes structurelles hardies avec l’appui de partenaires au développement. Grâce à ces réformes et surtout au sacrifice consenti par les populations guinéennes, des résultats unanimement salués ont été obtenus.

Dans le domaine minier, les efforts ont été consacrés à l’assainissement du secteur et à l’instauration de la nécessaire transparence qui garantira aux générations actuelles et futures la pleine jouissance des ressources minières de notre pays.

Au niveau de l’agriculture, l’ambition présidentielle d’assurer l’autosuffisance alimentaire à moyen terme s’est traduite par un appui substantiel aux paysans en intrants agricoles et en produits phytosanitaires lors des campagnes agricoles. A cela s’ajoutent l’acquisition d’engins agricoles et le renforcement de l’encadrement technique des paysans. Cette politique volontariste a notamment permis une hausse de la production de riz de plus d’un tiers et la relance de la filière coton, entre autres réalisations notables.

Sur le plan des infrastructures, un programme de modernisation du port et de l’aéroport de Conakry a été mis en œuvre, permettant leur mise à niveau et l’accroissement de leurs capacités.

Le bitumage et la réhabilitation des routes et pistes, sur l’ensemble du territoire national, a connu un rythme notable au cours des dernières années. Ainsi, 130km de routes ont été bitumés en moyenne chaque année au cours du premier mandat du Chef de l’Etat, contre 57kms sous la 1ère République (1958-1984) et 49 kms sous la 2ème République (1984-2010).

L’électricité a longtemps constitué l’une des principales préoccupations des Guinéens, mais le pays peut se réjouir aujourd’hui d’avoir réussi à réaliser le plus grand barrage de l’histoire de la Guinée avec une capacité de 240 MW.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

Kaleta n’est plus un rêve. Kaleta est bien une réalité.

Désormais, l’électricité ne sera plus l’apanage de la seule catégorie des Guinéens capables de s’offrir un groupe électrogène ou d’installer des panneaux solaires sur le toit de leur maison. Car, l’électricité de même que l’eau potable doivent être à la portée de tous.

C’est notamment la raison pour laquelle plus de 30.000 lampadaires solaires ont été installés dans presque toutes les communes urbaines et rurales de la Guinée. Plus de 4.000 forages ont également été réalisés, mettant ainsi fin au calvaire de plusieurs milliers de familles, en particulier les femmes en zones rurales.

Par ailleurs, l’initiative présidentielle d’organiser la fête de l’indépendance tournante dans toutes les régions administratives du pays a permis de construire et de réhabiliter en un temps record, de nombreuses infrastructures administratives à l’intérieur du pays, changeant le visage urbanistique des préfectures.

Dans le domaine de l’hôtellerie, une dizaine d’hôtels de rang mondial en construction ou en rénovation ont été achevés ou sont en voie de l’être, permettant ainsi à notre pays de disposer d’un des meilleurs parcs hôteliers de l’Afrique de l’Ouest.

En matière d’infrastructures de communication et de télécommunications, l’accès à internet s’est démocratisé au cours du premier mandat grâce à la fibre optique. Les travaux du backbone national ont également été lancés, permettant aux Guinéens, sur l’ensemble du territoire, d’accéder aux technologies de l’information et de la communication.

Sur le plan social, les actions majeures ont consisté à assainir le système éducatif, à instaurer la transparence et la rigueur et à combattre efficacement la fraude. Le recrutement de près de 4.000 enseignants et la construction plus de 4.200 salles de classe au primaire et au secondaire, orientées vers les zones rurales en priorité, ont permis d’améliorer les taux d’accès à l’éducation.

D’importantes réformes ont également été entreprises au niveau de l’enseignement technique et professionnel pour le rendre apte à former des jeunes qualifiés dans les différents arts et métiers et capables de bénéficier d’emplois décents. Ces efforts seront étendus, avec pour objectif d’orienter un plus grand nombre d’élèves de niveau pré-universitaire dans cet ordre d’enseignement.

Le salaire des fonctionnaires a été revalorisé, le SMIG instauré et l’impôt de capitation supprimé.

Par ailleurs, en matière de santé, la gratuité de la césarienne a été consacrée et de nombreux centres de santé et hôpitaux ont été construits à travers le pays.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

Le premier mandat a généré beaucoup de succès, comme vous pouvez le constater à travers l’énumération que je viens de faire. Toutefois, le pays a été confronté à de nombreux défis.

Celui qui aura été le plus inattendu et dont l’ampleur a fait l’objet d’une mobilisation sans précédent, a été sans nul doute l’épidémie de la maladie à virus Ebola.

La maladie a décimé des familles entières à travers le pays, laissant un nombre incalculable de veuves et d’orphelins sans revenus, souvent sans aide et sans espoir.

Ebola a ébranlé nos remparts sociétaux, malmené la solidarité et accentué la fracture sociale.

Ebola s’est invité dans l’agenda de notre développement, en nous déviant de notre trajectoire.

Alors que nous avions rétabli tous les grands équilibres macro-économiques, Ebola a freiné les investissements, ralenti la croissance et affecté plusieurs secteurs de la vie nationale.

Ebola n’a pas seulement tué des hommes. Ebola a aussi tué des entreprises et des emplois.

L’isolement de la Guinée a été dévastateur pour notre économie créant une véritable saignée à la fois pour notre secteur privé en construction mais aussi pour nos finances publiques en redressement. Le départ des investisseurs étrangers, pour cause d’Ebola, et notamment le report des nouveaux investissements étrangers attendus ont participé à ce débrayage économique.

Le Gouvernement a ainsi été contraint de mobiliser toute son énergie et d’immenses ressources pour combattre la maladie et protéger nos populations. De nombreuses tribunes ont également été investies pour la mobilisation internationale en faveur des trois pays les plus touchés et éviter leur isolement.

Le Chef de l’Etat, à travers ma voix, renouvelle ici ses sincères condoléances à toutes les familles qui ont été endeuillées par la maladie, y compris celles des victimes parmi les personnels des organisations internationales, le corps médical et les aides-soignants. Il réitère également la reconnaissance entière de la Guinée à tous les pays amis, aux organisations internationales et aux ONGs dont la solidarité et le soutien ont permis de mettre fin à l’épidémie et de contrôler les dernières résurgences.

Au demeurant, la lutte contre Ebola a permis de forger notre résilience face à d’éventuelles épidémies, grâce au renforcement en cours de notre système de santé, à travers les infrastructures médicales, les équipements et la formation et le recrutement d’un plus grand nombre de personnels.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

La crise sanitaire qui a sévi dans notre pays restera gravée dans la mémoire collective.

Aujourd’hui, nous tournons cette triste page de notre histoire mais nous en tirons les leçons pour l’avenir.

La problématique de la Santé est désormais appréhendée en Guinée, comme elle doit l’être dans tous les pays en voie de développement, non plus comme un simple facteur de développement mais comme la priorité des priorités.

La Santé est replacée au cœur de nos politiques de développement.

A cet effet, le Gouvernement a formulé en 2015 une stratégie de relance et de résilience Post-Ebola assortie d’un ambitieux programme d’actions prioritaires de plus de 2,6 milliards de dollars US dont 1 milliard exclusivement consacré au renforcement du système de santé.

Cette stratégie a pour objectif d’adresser les facteurs multisectoriels et multidimensionnels de vulnérabilité de notre système face à de telles menaces.

Il s’agit pour le Gouvernement de pouvoir prévenir mais surtout contrôler toute crise similaire dans l’avenir ; crise à laquelle malheureusement tout pays peut être confronté.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

En sollicitant un nouveau mandat, en octobre 2015, le Président de la République a voulu poursuivre le chemin parcouru avec les Guinéens, pour parachever les chantiers du redressement. Par conséquent, il place ce second mandat sous le sceau du changement mais dans la durabilité et l’irréversibilité des acquis, afin de réussir à construire une Guinée transformée, une Guinée moderne, une Guinée émergente.

Tout en poursuivant et en consolidant les chantiers déjà ouverts dans tous les secteurs d’activités, et que je viens de vous décrire sommairement, le Chef de l’Etat nous a instruit, mon Gouvernement et moi, de travailler à la mise en œuvre de nouvelles stratégies et de nouvelles mesures adaptées aux enjeux du moment, afin de réussir à placer notre pays sur la rampe de l’émergence.

Je voudrais dans les lignes qui suivent indiquer comment nous nous évertuerons à transformer cette haute Vision du Chef de l’Etat en actions concrètes générant des impacts positifs et palpables pour les populations guinéennes.

A cet effet, je compte mettre l’accent sur de nouvelles méthodes de travail gouvernemental et sur la concentration de nos interventions sur les hautes priorités nationales, afin de garantir une efficacité dans la mise en œuvre.

La méthode de travail d’abord.

Elle se décline en deux mots-clés : responsabilisation des Ministres, suivi proactif de leur performance dans la mise en œuvre de la Politique du Gouvernement.

La responsabilisation s’est traduite par ma décision de demander à chaque Ministre de me soumettre une proposition de lettres de mission, déclinant les objectifs, sous-objectifs et actions phares qui les engagent et qui leur paraissent les plus pertinents pour contribuer à l’atteinte des missions assignées par le Chef de l’Etat au Gouvernement.

Tel est le sens des propositions sectorielles que chaque ministre a formulées, qui ont été discutées lors du Séminaire gouvernemental tenu en début avril 2016, et qui ont permis de disposer d’une base pour le Programme de Travail du Gouvernement que je suis venu vous présenter ici à l’Assemblée Nationale.

Ce Séminaire gouvernemental constitue le point de départ et la première étape de la nouvelle impulsion que je souhaite donner, en accord avec Monsieur le Président de la République, au travail gouvernemental.

Il a permis aux membres du Gouvernement : (i) de s’approprier les principes du cadre logique, légal et règlementaire de l’action gouvernementale ; (ii) de se familiariser avec les principes, les règles de protocole, d’éthique, de déontologie et d’exemplarité dans l’exercice de leurs fonctions; (iii) de renforcer l’esprit d’équipe, de cohésion et de solidarité de l’équipe gouvernementale et ; (iv) de se mobiliser autour d’un cadre stratégique concerté et d’objectifs globaux et spécifiques visant l’amélioration des conditions de vie des populations et l’accélération du progrès économique

C’est dans ce même esprit de rationalisation de notre organisation et de nos méthodes que se situe également la décision de redéfinir, avec beaucoup plus de clarté et de finesse, aussi bien la structure gouvernementale que les attributions ministérielles, afin de favoriser l’atteinte de performances élevées.

Cette nouvelle philosophie de travail gouvernemental introduit donc plus de responsabilité pour les Ministres, mais elle engage aussi une plus grande redevabilité et une exigence plus forte de résultats.

Le programme de travail gouvernemental qui a découlé de tout ce processus fera donc l’objet d’un suivi méticuleux, stratégique et opérationnel à la fois, afin de garantir l’atteinte des résultats de développement élevés.

Un nouveau dispositif de pilotage de la performance gouvernementale sera ainsi mis sur pied, tirant parti des meilleures pratiques disponibles au niveau régional et mondial. La méthode de travail ainsi développée aura pour corollaire nécessaire et impératif le suivi et l’évaluation des performances des membres du Gouvernement au regard de la mission qui leur est confiée. Cette évaluation de la performance devra également se faire au niveau de chaque Ministère afin que l’ensemble de notre Administration s’approprie progressivement cet exercice.

C’est le seul gage de notre succès futur, qui devra générer ses premiers fruits dès cette année 2016.

En tant que membres du Gouvernement, nous sommes conscients que notre vocation et notre seule raison d’être sont uniquement de trouver la réponse la plus satisfaisante possible à la fois à la demande citoyenne d’une meilleure gouvernance et à la demande sociale d’un bien-être chaque jour amélioré des Guinéennes et des Guinéens.

Cette nouvelle façon de travailler du Gouvernement appuiera la mise en œuvre d’actions concrètes de réforme et de projets d’investissements, regroupés dans les axes de notre planification nationale qui couvrent l’ensemble des secteurs d’activités économiques, sociales, culturelles et politiques: (i) la gouvernance ; (ii) l’économie ; (iii) les infrastructures ; (iv) le social.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

C’est dans un contexte favorable, que la Guinée amorce ce second mandat dédié à la relance et la transformation de son économie, pour soutenir durablement une croissance forte et génératrice d’emplois et de mieux être pour les populations.

Après deux années de morosité économique, les perspectives à moyen terme sont bonnes avec une croissance qui devrait être soutenue sur le moyen terme (2017-21) grâce au retour attendu des investisseurs, y compris dans le secteur minier, et la mise en œuvre d’une Politique de Gouvernement à la hauteur des défis qui se présentent à nous.

Notre ambition est de faire culminer cette croissance à deux chiffres à l’horizon 2020 avec la nouvelle impulsion gouvernementale amorcée et les politiques économiques qui seront mises en œuvre.

Dans cette quête de redynamisation économique, le Président de la République, a fait le choix de mettre en place un Gouvernement qui se distingue par la nomination de technocrates d’une nouvelle génération.

Issus pour la majorité des secteurs privés et publics internationaux, ils constituent un gage de bonne gouvernance renforcée et d’accélération de la transformation économique et sociale de notre pays.

Issu moi même du secteur privé pour avoir dirigé, jusqu’à ma nomination au poste de Premier Ministre, le plus important projet dans la filière bauxite-alumine en Guinée, nous devons y voir une preuve éloquente de cette volonté politique affirmée du Chef de l’Etat d’ouvrir une nouvelle page de notre développement économique.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

C’est dans ce contexte d’espoir, marqué par la réelection du Président de la République, SE le Professeur Alpha Condé et la fin de l’épidémie de la Maladie à Virus Ebola, que j’ai l’honneur et le privilège de m’acquitter de ce devoir républicain devant votre auguste Assemblée.

Dans le souci de conduire cet exercice avec méthode et clareté, je voudrais procéder, dans la suite de mon propos, à la déclinaison des visions et des enjeux stratégiques qui guident la Politique du Gouvernement, conformément aux orientations du Président de la République, avant de vous décliner les objectifs prioritaires visés ainsi que les actions phares que nous comptons réaliser dans les différents domaines.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

La Gouvernance constitue le premier pilier de notre développement. Il détermine notre aptitude à inscrire notre action dans la durabilité et l’irréversibilité. C’est pour cette raison que l’amélioration de la Gouvernance et les réformes institutionnelles sont au cœur de la Vision du Chef de l’Etat et de la Politique du Gouvernement.

Nous aspirons en effet à construire un Etat de droit reconstitué dans toute sa plénitude, aligné sur les standards internationaux et une Justice indépendante et équitable, avec une garantie d’effectivité des normes adoptées et leur compréhension par l’ensemble de la population.

Nous sommes plus que jamais convaincus que sans une Justice indépendante, équitable et professionnelle, nous ne pourrons pas lutter efficacement contre la corruption.

En outre, c’est en améliorant le climat juridique et judiciaire des affaires que nous parviendrons à rassurer les investisseurs et à sécuriser les investissements indispensables à l’essor économique et social du pays.

Dans cette perspective, en ce qui concerne l’accès au droit et à la justice, le Gouvernement veillera au renforcement du cadre législatif et règlementaire par la finalisation des nouveaux Code civil, Code pénal, Code de procédure pénale et Code de justice militaire.

Dans le même sens, nous procéderons au renforcement des infrastructures avec la construction des tribunaux de première instance de Kindia, Mamou et Kankan.

De plus, des actions plus soutenues seront initiées pour renforcer l’Indépendance d’une magistrature responsable. A cet effet, le Gouvernement veillera au renforcement des capacités des membres du Conseil Supérieur de la Magistrature en matière de procédures disciplinaires et des règles de fonctionnement de cette institution et au recrutement de 50 auditeurs de justice et de 50 élèves greffiers.

Enfin, nous poursuivrons la lutte contre l’impunité, à travers l’élaboration d’une nouvelle politique pénale et d’une nouvelle politique pénitentiaire.

Le Président de la République ambitionne de construire une Guinée où les citoyens sont pleinement conscients de leurs devoirs et contribuent activement au développement national, tout en bénéficiant pleinement de tous les droits humains tels que garantis par notre Charte fondamentale.

A cet effet, le Gouvernement s’est engagé à contribuer à la consolidation de l’Unité Nationale et du tissu social à travers l’organisation d’un forum national sur la problématique de la réconciliation, la mise en place de la Commission Nationale de Réconciliation et le renforcement du dispositif normatif et institutionnel pour la consolidation de l’unité nationale et de la cohésion sociale.

Il s’agira notamment de la création d’un Institut pour la paix, l’adoption d’une loi sur l’apologie des crimes de masse et d’incitation à la haine ethnique et régionaliste.

En outre, le Gouvernement va oeuvrer à la promotion et au renforcement de la culture citoyenne, avec le lancement d’un Programme national de formation citoyenne et civique, l’instauration d’une « Semaine de la Citoyenneté » et d’une campagne citoyenne sur la circulation routière, mais aussi la création d’une radio citoyenne.

Nous envisageons également de définir et de mettre en œuvre la politique nationale en matière de promotion et de protection des droits de l’Homme. Et à cet égard, le gouvernement va procéder à la finalisation du processus de réalisation des états généraux des Droits de l’Homme.

La construction d’une démocratie à la base dynamique et d’une gouvernance locale efficace, constituent un enjeu de développement de taille pour notre pays.

Une priorité sera accordée à la restauration de l’Autorité de l’Etat. Pour ce faire, l’accent sera mis sur la construction, la restauration et l’équipement des bâtiments administratifs.

En particulier, il s’agira d’achever les infrastructures administratives et les équipements marchands réalisés dans le cadre des fêtes tournantes de l’Indépendance Nationale (Boké, N’Zérékoré, Mamou et Kankan) ; mais également, de professionnaliser les métiers d’administrateurs territoriaux (Gouverneurs, Préfets et Sous-préfets) et de renforcer les capacités des élus et des agents des services décentralisés et déconcentrés.

Nous poursuivrons également la consolidation et l’approfondissement de la Décentralisation, de la déconcentration et du développement local. C’est pourquoi, le gouvernement va appuyer l’organisation des élections communales, mais aussi s’atteler à la mise en place d’un mécanisme pérenne de financement des collectivités locales, ainsi qu’à la mise en place du Haut Conseil des Collectivités Locales.

En outre, nous engagerons la modernisation du système de l’Etat civil, à travers l’informatisation et l’élaboration de bases de données fiables.

De plus, des efforts seront entrepris pour rendre opérationnelle l’Agence Nationale des Affaires Humanitaires et mettre en place le Fonds de Secours d’Urgence de sorte à renforcer l’assistance humanitaire.

Enfin, nous travaillerons à concrétiser la matérialisation de nos frontières et redynamiser la coopération transfrontalière.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

Toute Nation qui aspire à l’Emergence doit privilégier la construction d’une administration publique moderne, neutre, apolitique, professionnelle, intègre, impartiale et efficace, qui promeut l’excellence et le mérite, au service du citoyen et du développement.

A cet effet, une priorité sera accordée au développement institutionnel et à la réorganisation de l’Administration Publique. Il s’agira, en particulier, de procéder à l’élaboration d’un document de politique exprimant la vision gouvernementale sur les missions de l’Etat, et de renforcer les capacités des principales institutions de l’Etat.

Dans le même sens, il sera procédé à la révision de la loi 029 du 31 décembre 2001 portant principes fondamentaux de création, d’organisation et de contrôle des structures des services publics.

Par ailleurs, le Gouvernement va améliorer la gestion des ressources humaines et valoriser le personnel civil de l’Etat. A ce propos, l’accent sera mis sur :

– le redéploiement rationnel des fonctionnaires sur toute l’étendue du territoire national ;

– le recensement biométrique additionnel des fonctionnaires en attente, des contractuels temporaires et des pensionnés ;

– l’opérationnalisation de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale des Agents Publics et de l’Institut National d’Assurances Maladies Obligatoire (INAMO);

– la mise en oeuvre de l’interfaçage du système de gestion des ressources humaines du Ministère de la Fonction Publique, de la Réforme de l’Etat et de Modernisation de l’Administration avec le système de paie du Ministère du Budget et le répertoire du Secrétariat Général du Gouvernement ; et

– la mise en oeuvre de l’implantation de la Gestion Axée sur les Résultats (GAR) au sein de l’Administration, comme outil de gestion.

Enfin, des efforts seront entrepris pour renforcer les capacités humaines de l’Administration.

Dans ce cadre, le gouvernement engagera la conduite de travaux de construction du campus de l’ENA et le lancement de ses activités pédagogiques, en plus de l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique nationale de formation et de perfectionnement des agents publics.

Monsieur le Président,

Honorables Députés,

La stabilité d’un Etat se mesure, entre autres, à sa capacité à faire face aux défis du développement mais également à la prise en charge des exigences de sécurité et des impératifs de défense.

Ce défi sera relevé à travers deux objectifs prioritaires :

– la poursuite de la mise en oeuvre de la réforme des forces de défense, et

– le renforcement de la capacité opérationnelle des forces de défense, à travers notamment l’amélioration des infrastructures militaires et l’organisation de stages, de formations et d’entrainements adaptés à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

La poursuite de la réforme du secteur de la police et de la protection civile s’inscrit dans cette même optique. Les forces de sécurité doivent pouvoir pleinement assurer le maintien de l’ordre, la sécurité des personnes et des biens dans le respect des droits humains.

Cela passera nécessairement par une généralisation du mode de fonctionnement de la Police de proximité à tous les commissariats centraux de la République.

En outre, le Gouvernement veillera plus particulièrement à :

– mettre en place la Division Appui Opérationnel à la Direction Centrale de la Police Judiciaire et l’Unité d’élite de lutte contre le terrorisme ;

– rendre obligatoire la signalisation des personnes interpellées (fichier) dans tous les services de Police.

La formation des personnels de la police et de la protection civile sera également renforcée à travers la formation initiale des 4015 nouveaux fonctionnaires de Police et de Protection Civile.

Sur le plan de l’intégration régionale, la Guinée est engagée à renforcer son rôle comme acteur majeur de l’intégration au sein des institutions régionales que sont l’Union du Fleuve Mano, l’OMVG, l’OMVS, la CEDEAO et l’Union Africaine.

Notre objectif prioritaire, consiste en la mise en œuvre des chantiers de l’Intégration Africaine à travers la Coordination et le suivi de la mise en œuvre de l’Agenda de développement et d’intégration de l’Union Africaine, la Coordination et le suivi de la mise en œuvre de l’Agenda de développement et d’intégration de la CEDEAO et le suivi de la mise en œuvre des politiques et programmes au sein des organisations des bassins fluviaux (Union du Fleuve Mano, OMVG, OMVS et ABN).

La Diplomatie guinéenne continuera de s’affirmer dans le concert des Nations pour contribuer activement à l’animation d’une politique de coopération dynamique, définie de manière autonome et qui tire utilement profit de toutes les opportunités de partenariat qui se présentent au niveau régional et international.

Il s’agira, en particulier, d’intensifier une diplomatie politique, économique, environnementale, culturelle et sociale qui s’appuiera notamment sur la tenue de la conférence diplomatique, l’intensification de la politique de promotion des cadres nationaux dans les institutions internationales et la qualité de ses participations aux évènements diplomatiques clés aux niveaux régional, sous régional et international.

Nous procéderons également au renforcement géostratégique de la coopération bilatérale et multilatérale, pour mieux orienter la diversification du partenariat.