taxi-moto
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Le gouvernement de Guinée a autorisé mardi les conducteurs de taxi-motos à exercer leur métier à Conakry 48h après les avoir interdit. Ce rétropédalage annoncé par le ministre des Transports vise à calmer la colère des conducteurs de ces engins à deux roues.

Ce mercredi matin, Alpha Abdoulaye Bah, 25 ans, a repris du service. Ce jeune qui revendique un diplôme de Licence en Génie mécanique fait du taxi-moto faute d’avoir trouvé mieux. Revenant sur la décision des autorités d’interdire l’activité qu’il pratique depuis deux ans il n’hésite pas à parler d’absurdité. «Je suis obligé de conduire le taxi-moto pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Nous sommes des milliers de jeunes dans ce métier à travers la Guinée parce que justement l’Etat a été incapable de nous trouver de l’emploi», fulmine-t-il.

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Pour cet étudiant Cécé Théa qui brandit le même argument, l’interdiction ne pouvait en réalité prospérer. Dans la mesure où les taxi-motos permettent aujourd’hui à de nombreux élèves, étudiants, diplômés sans emploi et jeunes désœuvrés de tirer leur épingle du jeu.
«C’est grâce à cette activité que je prépare la rentrée universitaire. Nous interdire purement et simplement d’exercer ce travail, c’est comme si on ordonnait un matin aux boutiquiers de fermer», raisonne-t-il. Pour ce conducteur le gouvernement doit plutôt règlementer le secteur.

Autrefois pratiqués dans les zones rurales et quartiers reculés de Conakry, les taxi-motos ont envahi les rues de la capitale guinéenne depuis un passé récent.

C’est une activité qui se révèle parfois lucrative. Certains conducteurs, inspirés et bien chanceux, disent empocher un bénéfice journalier allant jusqu’à 40.000 francs guinéens moins les recettes (entre 15.000 et 20.000 francs) versées aux propriétaires des motos et le carburant consommé. Un revenu non négligeable dans un pays où le SMIG est fixé à 440 000 francs guinéens mensuel.

D’autres, comme Moustapha Bah, ont fini par devenir autonomes et travaillent  à leur propre compte. «Grâce à une gestion rigoureuse, j’ai actuellement deux motos en circulation. J’ai créé de l’emploi pour un autre jeune. Vouloir supprimer cette activité, c’est accroitre le nombre de chômeurs et de délinquants», confie-t-il.

La décision d’interdire les taxi-motos dans la circulation à Conakry et ses périphéries annoncée au clairon par la direction centrale de la police routière dimanche dernier n’arrangeait pas aussi de nombreux usagers qui utilisent ces moyens de transport à des heures de pointe.

Mais en décidant de l’arrêt de ces deux roues, la police avait fait valoir les arguments sécuritaires. Nonobstant sa rapidité et son apport pécuniaire, le taxi-moto représente un grand risque sur les routes en Guinée. Leur arrivée et l’imprudence des conducteurs a fait exploser le nombre d’accidents dont certains sont mortels.

Le ministre des Transports Oyé Guilavogui, qui prévoit une concertation avec les responsables de la sécurité routière et le syndicat des transporteurs, a rappelé mardi que la conduite des taxi-motos sera désormais régie par le respect d’un certain nombre de règles de la circulation, de sécurité et de sûreté des routes. «Le ministre des Transports recevra les représentants des taxi-motos pour discuter de ces mesures», a-t-il déclaré.

Les courses-poursuites entre police routière et conducteurs de taxis-motos dans les rues de Conakry n’aura finalement duré que 48h. Le temps pour le gouvernement de freiner et de faire marche-arrière.

Les conducteurs des taxi-motos qui ont battu le pavé dans la journée du mardi en signe de protestation contre la mesure quant à eux crient victoire.