Ba Cissoko
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Djeli, sixième opus du Guinéen Ba Cissoko, renoue avec l’inventivité de ce joueur de kora qui n’hésite pas ici à faire des infidélités à l’instrument emblématique de la culture mandingue et à lui préférer le n’goni ou la guitare. Rencontre à l’heure du thé, à l’issue d’une première journée de répétitions-scène à quelques jours de ses concerts parisien et marseillais.

Dimanche 1er mai, le Guinéen Ba Cissoko atterrissait à Marseille, après 5 mois passés au pays, entre Koundara, le village qui l’a vu naître il y a 39 ans, et Conakry, la capitale. Dès le lendemain, Ba et ses musiciens entamaient une semaine de résidence au Nomad Café, accueillante salle de concert marseillaise où ils ont leurs habitudes. Le 6 mai, le jour de la sortie de Djeli, ils seront à Paris pour un premier concert au Studio de l’Ermitage. Ensuite, Ba redescendra dans la cité phocéenne pour célébrer le 13 mai à l’Espace Julien cette fois-ci, ces 13 titres nourris de culture mandingue. Djeli est né de la nécessité, explique Marc Ambrogiani, le producteur de Ba Cissoko et directeur du Festivals Métis qui a accueilli le musicien et ses cousins Sekou et Kourou Kouyaté lors de leurs premières venues en France en 1995 et ne les a pas quitté depuis. En avril 2015, nous avons signé avec L’Afrique dans les Oreilles, pour ce qui est des tournées. Ces professionnels qui gèrent aussi le carnet de Bal des Mercenaires de l’Ambiance de l’Afrique Enchantée, et les calendriers des concerts du djembéfola Adama Dramé ou des Haïtiens de Chouk Bwa Libète pour ne citer qu’eux, suggère l’idée d’un nouvel album afin de soutenir leur travail. Ba n’avait rien de prêt. Nous en avons parlé et comme la proposition nous semblait judicieuse, nous avons foncé“, se souvient celui qui sortait d’une édition perturbée par la pluie du Festival Nuits Métis et était ravi de passer à autre chose.

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Une première séance de travail est calée dans la foulée en juillet. Une paire de jours suffisent à enregistrer un premier titre, l’éponyme Djelia, et à poser les bases d’une poignée d’autres (Baye Fall,Djeguema ou Mamadou, un traditionnel que reprend le groupe depuis des années sur scène). Les musiciens (Ba à la kora, guitare, n’goni et au chant, Abdoulaye Kouyaté à la guitare et au chant, Karamoko Bangoura à la kora et Ibrahima Kourou Kouyaté à la basse, Alhassane Camara dit d’Artagnan à la batterie et aux percus et Willy Ekoué au sax) se retrouvent durant l’été au Nomad Café pour composer. L’album sera finalement enregistré en octobre au Studio NBNS La Forge Théâtre. Derrière la console certifiée années 80, Laurent Moulis, le propriétaire et ingénier du son de cet équipement analogique situé au cœur d’une friche industrielle des environs d’Avignon.

La liberté comme marque de fabrique

Mon maître est M’Bady Kouyaté, l’un des plus fameux joueur de kora de Guinée et du pays mandingue“, rappelle le griot qui sur cet album n’a pas hésité à jouer du n’goni et de la guitare. Le n’goni est l’instrument des “Simbo”, les chasseurs du Wassoulou, un instrument dont j’ai appris à jouer seul après que mon luthier m’en ait offert un“,rappelle celui qui a posé le solo présent sur le CD d’un trait entre deux sessions. Il m’est arrivé de jouer au festival Jazz à Ouaga devant quelques virtuoses du n’goni. Ils étaient très surpris et curieux de ma technique qui n’a rien de classique. Un joueur de kora est de fait plus rapide qu’un joueur de n’goni. De plus, j’ai adapté des accords de manière très personnelle. C’est probablement ça qui les a intrigué. Idem pour la guitare, dont Ba n’hésite pas à interpréter un titre seul à la guitare et à la voix (Djougouya), façon ballade folk.

C’est cette liberté qui a fait la marque de fabrique du groupe. Sekou Kouyaté, qui a accompagné son cousin des années durant à la kora, est l’un des premiers joueurs à avoir glissé des pédales d’effets (wah-wah, disto…) dans son dispositif. Il y a plus d’un an, il est parti vers d’autres aventures (un duo entre autre avec le rocker américain Joe Driscoll, ndlr), il n’était pas question de refaire la même chose, de copier son son, son jeu, ajoute Ba qui désormais échange à la kora avec Karamoko Bangoura.

Autre nouveauté de cet album chanté en langue mandingue, sossou, wolof, ou pulaar, un texte aux paroles en français. C’est pas facile parle de la condition d’immigré. Quand j’étais jeune, je pensais comme beaucoup qu’en Europe, il suffisait de se baisser pour ramasser l’argent. J’ai découvert que ce n’était pas tout à fait ça, relate-t-il avec distance, et encore moi, c’est mon travail qui m’a amené ici. Beaucoup d’Africains vendent tout et s’endettent même parfois pour réaliser ce grand voyage sans certitude d’arriver au bout. Je voulais leur parler de la réalité.

Ba Cissoko Djeli (Cristal Records/Sony Music).
Site officiel de Ba Cissoko
Page Facebook de Ba Cissoko

En concert le 06 mai à Paris au Studio de l’Ermitage