Aboubacar Demba Camara
Advertisements

Sa bonne humeur et ses fréquents éclats de rire dissimulent de nombreuses fêlures intérieures. Loin de Conakry où vivent encore sa compagne Fanta et son fils de bientôt 5 mois, Aboubacar Demba Camara se dit aujourd’hui « très heureux ».

Le chemin de l’attaquant du Paris FC (21 ans), qui a marqué les esprits avec son triplé vendredi à Créteil (3-1), a en effet été semé d’embûches. « Au village, je rêvais d’être pro. Mais dans les quartiers de Conakry, la concurrence est féroce. C’est compliqué de se faire remarquer car il y a beaucoup de bons joueurs et tous rêvent de partir, explique l’avant-dernier d’une fratrie de sept enfants. Mon père est décédé quand j’étais petit, mon frère aîné aussi, donc c’était un devoir d’aider ma famille. Je suis heureux d’y être parvenu ». « Il jouait dans un club de 1re Division ( Satellite), il avait déjà la prise de balle et la puissance », se souvient Vincent Ciccada qui l’a découvert, avec ses associés Abdoul Karim Bangoura et Stéphane Pounewatchy, dans la structure AK Betty.

« Au village, je rêvais d’être pro »

Quand il débarque à l’AC Ajaccio en août 2012, le changement est radical. « En Guinée, je ne m’entraînais qu’une fois par semaine donc j’ai eu des bobos, explique Camara. J’ai aussi dû apprendre la diététique. On m’a forcé à manger des légumes, je détestais ça. Et il y avait des problèmes de papiers. La première année a été difficile. » « Il venait souvent à la maison », reconnaît Ciccada. « Vincent, c’est mon deuxième papa », sourit le joueur qui a d’ailleurs prénommé son fils… Vincent.

Advertisements

Le 25 septembre 2013, quatre minutes après son entrée en jeu, Demba Camara inscrit son premier but en Ligue 1 contre Lyon. « Ravanelli ( entraîneur de l’ACA)m’avait dit : Tu rentres et tu marques, sourit l’attaquant. C’était un coach qui m’aimait bien… » Toujours stagiaire pro, le Guinéen enchaîne par un second but lors du derby corse contre le SC Bastia. « Mais Bracconi (NDLR : qui a remplacé Ravanelli) lui a moins fait confiance ( 20 matchs de L 1 au total), regrette Vincent Ciccada. Ensuite, on n’a pas réussi à trouver d’accord sur son premier contrat pro. On aurait pourtant préféré qu’il reste à Ajaccio, on l’aurait gardé sous les yeux (sic). » Si son salaire explose en Turquie à Gaziantepspor (D 1), l’international guinéen (5 sélections) va connaître dix-huit mois de haut et de bas (23 matchs, 4 buts). « J’ai marqué face à Fenerbahçe, c’était énorme, rigole-t-il. Mais, j’ai aussi traîné des blessures et, à la fin, il y a eu des retards de salaire. Je voulais partir mais le club ne voulait pas me libérer. J’étais troublé dans ma tête. »

« Je dois déjà faire une saison complète »

A quatre heures de la clôture du dernier mercato hivernal, il signe in extremis au Paris FC. Si l’entraîneur Jean-Luc Vasseur lui voue une confiance très limitée au départ, le Guinéen parvient néanmoins à émerger du marasme parisien(4 buts en 9 matchs dont 6 titularisations). En juin, les sollicitations affluent : l’étranger (Turquie, Belgique, Espagne), la Ligue 1 (Angers) et plusieurs clubs de Ligue 2 dont le Red Star qui lui propose un contrat de trois ans. « J’ai bien discuté avec ma famille et mes agents. Au pays, beaucoup n’ont pas compris que je reste dans un club de 3 e Division, on m’a critiqué mais c’est mon choix. Si je veux aller plus haut, je dois déjà faire une saison complète. Je me sens bien au PFC, c’est le plus important. » « Il marche à l’affectif et a besoin d’être beaucoup entouré », appuie Vincent Ciccada. Installé à Créteil, Camara mène une vie tranquille. « Je joue à la PlayStation, regarde des séries et passe beaucoup de temps sur Skype ou WhatsApp avec ma famille », conclut celui qui s’est entretenu avec le nouveau sélectionneur guinéen lundi. « Il m’a dit qu’il comptait sur moi , c’est motivant. Cette année, je veux marquer au moins 15 buts ! » Il en est déjà à trois…

Paris FC – Avranches
Ce vendredi soir (20 heures), stade Charléty (Paris XIIIe). Arbitre : M. Kherradji.
Paris  FC  : Demarconnay – Marie, Bong, Lybohy (cap.), Bakayoko – Gbessi, Pierazzi – Madiani (ou Bongongui), Robail, Missi Mezu – Camara. Entr.  : Ray.
Avranches  : Beuve – Clauss, Derrien, Le Joncour, Fofana – Guyonnet (cap.), Benet, Lavenant, Blondel – Schur, Mayulu. Entr.  :  Ott.